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 who did that to you ? ; zero

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MessageSujet: who did that to you ? ; zero   Mar 31 Jan 2017 - 12:17
JOHAN ''ZERO'' HERNANDEZ
Scam pays off. Keep your eyes on your money.
ÂGE : Some mystery here. On dit qu'il est entre la trentaine et la quarantaine.
SEXE : Avec plaisir, mon bon ami. (M)
ORIENTATION : Bisexuel, plus penché vers les femmes.
STATUT SOCIAL : Probablement l'un des hybrides les plus riches vivant à Paris.
ORIGINE(S) : Américaines (Nevada)
MÉTIER : Officiellement, joaillier. Officieusement, arnaqueur à temps plein, beau-parleur de première classe, trou du cul, tricheur, voleur, tout-ce-que-vous-voulez. C'est une sous-race.
GROUPE : Hybride Neutre
RACE : Lycanthrope (mythique). Beware of the big bad wolf.
PHYSIQUE

Ce bouc, cette moustache, ces rouflaquettes style fifties ne passent jamais inaperçues. C'est même la première chose qu'on remarque chez monsieur Hernandez, qui semble bien propre sur lui. Après, bien évidemment, il y a sa taille d'homme, sa carrure légèrement musclée et ses larges épaules. Il ne doit pas être loin du mètre quatre-vingt dix, pour un peu plus de quatre-vingt seize kilos. Ses muscles se dessinent sur sa peau, certaines cicatrice de même. De face, il peut paraître un peu dur, assez cru dans sa façon de faire ou de penser. Sauf que c'est tout l'inverse. Mais en dehors de sa barbe aux formes différentes, il y a ses cheveux bruns, mi-longs et plaqués en arrière, souvent cachés par un chapeau. Ses yeux réussissent souvent à hypnotiser ces messieurs et ces dames par leur couleur, d'un bleu profond, aussi foncés que la mer circassienne (nb : mer morte, aujourd'hui.). On ne retrouve pas un poil qui dépasse, peut-être un peu au niveau de ses sourcils, drus, absolument désordonnés au vu de ces héritages d'hybridation.

Johan a hérité d'une queue, drue aussi, plus longue et plus touffue que celle d'un hybride de loup normal, puisque c'est un lycanthrope. Il a l'habitude de la cacher derrière son long manteau rouge, confectionné spécialement pour lui et son appendice caudal absolument envahissant. Il n'a pas hérité que de ça. On arrive aussi à voir des dents plus pointues quand il ne les a pas limées depuis un moment, des griffes ressemblant à des crochets, et sur sa peau, on y voit des parcelles de fourrures. Reste le fait que tous ces éléments deviennent tout naturellement plus vrais quand il doit subir sa transformation en furry, les soirs de pleine lune.

Zero est un homme qui sait s'habiller. Un tuxedo de temps à autre de couleur noire, un nœud papillon qui coûte aussi cher qu'un costume basique, des smokings de grand couturier. Il s'habille comme ça quand il doit partir à des soirées mondaines ou à des défilés de créateurs qui ont demandé sa présence. En temps normal, il n'enfile qu'une chemise blanche, simple, une veste de costume bleue à carreaux, une lavardière à la place d'une cravate ou d'un jabot. Il possède toujours des gants blancs pour cacher ses griffes qui poussent en permanence. Et puis, pour ses chaussures, c'était un caprice d'homme aisé. Confectionnées sur mesure avec des touches d'alliages pour les rendre encore plus exclusives.

Oui, on peut le dire ; Monsieur Hernandez prend soin de lui et de son apparence.
CARACTÈRE

Zero un homme libre, un homme qui se respecte et qui respecte les autres. Il déteste se considérer comme un animal bien qu'il puisse le faire de temps en temps. Lui, il se considère encore et toujours humain, même s'il ne l'est plus, que son âme humaine a disparue pour laisser une âme animale, une âme sauvage. Les apparences sont trompeuses, il agit comme un humain, il travaille comme un humain. La seule différence entre lui et eux, c'est qu'il n'a pas eu de chance. Il n'en a jamais vraiment eu, du début de sa vie jusqu'à son arrivée en France, son hybridation forcée et la séparation avec la femme de sa vie. Tout ça en révèle peu sur monsieur Hernandez, parce qu'il n'aime pas parler de lui. Il préfère parler des autres et user de ses charmes pour qu'ils abordent tout sauf ça.

Zero, il est sarcastique, ironique, il possède un certain sens de l'humour. S'il est malheureux à l'intérieur, il cachera sa tristesse et sa peine à travers les mots, les rendant drôles, parfois en les controversant. Il cherche les double-sens, cherche à faire rire, à détendre. Si monsieur n'est pas d'humeur à rire et que son interlocuteur ne l'est pas non plus, il cherchera tout de même à provoquer ce soudain fou-rire, cette détente nécessaire, pour éviter que la situation ne devienne embarrassante. Même dans les pires situations. Mais si le lycanthrope ne cherche pas à faire rire, c'est qu'il cherche à vous ridiculiser et à vous couler. Il garde un certain côté exécrable, invivable. Puisqu'il n'est pas violent avec ses poings, il le sera avec les mots et n'hésitera pas à être cinglant, cru dans ses dires pour tout déballer sur la table. Comme il dévoile ses cartes au poker, il se dévoile et montre ses intentions au moment voulu. Il ne montre jamais tout d'un coup, sinon l'effet de surprise et la réaction ne pourra le satisfaire. Ses plans iront du moins ridicule au plus humiliant. Il cherchera toujours à vous décrédibiliser s'il ne vous apprécie pas.

Hernandez ne semble pas très futé ni même réfléchi ou intelligent aux premiers abords. Il vous prouvera indirectement tout l'inverse. Si vous vous intéressez à lui, c'est qu'il sait se sociabiliser. S'il sait attiser votre curiosité, c'est qu'il le montre, qu'il possède cette culture que tout le monde recherche ces derniers temps, par extension qu'il est intelligent, qu'il sait argumenter et continuer un débat. Bien sûr, vous pensez aussi qu'il ne parle pas votre langue, mais il en connaît actuellement quatre, une cinquième étant presque éphémère puisqu'il l'entend surtout dans la rue. Sa langue natale, l'anglais, il la maîtrise à la perfection. Le français a dû être appris par obligation, et au fil de ses années de travail avec son associé, Mark, il a aussi apprit l'allemand. Sa quatrième langue étant l'italien. Ayant travaillé durant des années avec des stylistes, couturiers italiens, il s'est immiscé dans leur culture et dans leur langue. La cinquième, c'est le japonais. Il peut engager une conversation simple avec vous, mais il enchaînera les erreurs une par une. Hadjar a aussi eu le temps de lui apprendre quelques bribes d'arabe, mais sans plus.

Johan aime faire grande figure. Bien que son statut d'hybride ne lui permette pas de monter sur les grandes scènes, les plus luxueuses et les plus connues du monde, il intervient souvent dans des défilés et des soirées mondaines parisiennes. Il se fait de la publicité en prêtant quelques unes de ses pièces à des couturiers, apparaît avec eux lorsqu'il s'agit de présenter les collections. Quand il n'est pas sur le devant de la scène de luxe, c'est dans la ville souterraine. La plupart des gens d'en-dessous savent qui il est, qu'il n'est pas uniquement un loup comme on pourrait trouver dans les montagnes. De ce fait, certaines personnes de la ville souterraine le dévisagent, et lui il en est fier. Il n'est pas comme les autres, il ne sera jamais comme les autres. Et il est unique en son genre. S'il laisse sa queue à l'air libre de temps en temps, c'est uniquement pour mieux se sentir. Parce qu'il se sent animal et non plus humain.

En général, Zero est absolument insupportable. Il est égocentrique, nombriliste. Il ne voit que lui et ses idées de génie, ses coups de maître au poker, ses petits tours de triche. S'il réussit à voir son maître en peinture, ce ne sera pas pour très longtemps si monsieur ne réussit pas à le supporter ou qu'il le déteste. Il deviendra invivable, embêtant, gênant. Il fera tout pour que vous le détestiez à son tour. Pour lui, c'est quelque chose de tout à fait fair-play que ces humains sans gênes animales ne comprennent pas. Il jouera des tours, vous fera faire des crises de panique ou des crises de colère. De toute manière, il sait vous répondre ou vous faire face. Zero a déjà été sous l'emprise de quelqu'un de bien pire. Une haut-gradée humanis de la pire espèce, alors que vous soyez bon, neutre, méchant, indécis, il trouvera toujours un moyen de vous faire flancher, sans qu'il ne fasse le moindre effort.

Parce que Zero est un sale type.
HISTOIRE

«Zero, tu m'aurais pas un peu volé ? À tout hasard ?» L'intéressé se contente de relever la tête. Il ricane, baisse la tête et lève la bourse volée de son bon ami. Il la lance en l'air, la rattrape par le bas et fait voler toute la fortune à travers la pièce, avec un mouvement brusque. «Damn man, j'pensais pas que t'allais le remarquer aussi vite ! Tu me rends tout triste, d'un coup. Garçon ! Whisky pur malt, glaçon. Rempli de moitié. Tu mets ça à mon compte, je paye tout en fin de soirée.» Les chaussures sur la table, cartes de poker dans la main, il s'apprête à tricher et bluffer son adversaire. Il fallait toujours les plumer. Un par un. S'enrichir de plus en plus, devenir l'hybride le plus riche de France. Il soupire, regarde son adversaire dans les yeux, conserve le contact visuel aussi longtemps qu'il peut. Personne ne prête attention aux cartes et aux mains, ils espèrent juste voir Zero détruire son opposant. «Quinte Flush royale. T'as perdu, Georges. Ramène ta fortune.» Et il dépose ses cartes sur la table. C'était beau à voir. Il explose de rire, en lâche presque son cigare, et il vient se pencher pour récupérer son dû. «Putain, t'es vraiment imbattable. Tu nous éclate tous un par un, on va finir à la rue à force de perdre contre toi.» Il lève les yeux. «J'crois que c'est le but, chéri.» Moment d'attente, où il s'amuse à compter les billets. «ET MERDE, MON WHISKY C'EST POUR QUAND ? BANDE DE CONNARDS ! J'SUIS VOTRE CLIENT VIP !» Enfin, peu importe. À la place, il se lève et récupère ses gains. Il s'avance au comptoir, jette une liasse de billet sans se soucier de quoi que ce soit, et il sort.

Cigare à la bouche, allumette dans la main, il allume ce petit bonheur et ne tarde pas trop à prendre la route pour retourner en haut. La ville souterraine n'était pas l'endroit qu'il aimait le plus, bien qu'il était censé s'y cacher pour éviter les problèmes avec toutes ces animaleries à la con qui en veulent à son cul. C'était ça, être un hybride mythique. Ils sont rares, ils n'existent qu'en quantité limitée et ils se vendent à des prix exorbitants. Zero, il était de ce genre. Inestimable. Sauf que lui, il n'était pas pauvre comme tous les autres, il avait réussi à se faire de l'argent et une réputation. Il était riche, probablement l'un des hybrides les plus riches de tout Paris. Il pouvait se racheter lui-même. Racheter le magasin. Demander le silence à des guignols. Sauf que tout ça ne marchait pas avec les lois de ces salopards sans nom.

Il se souvient, il y a quelques années de ça. Après avoir été victime d'une embuscade des Humanis, il a dû servir l'un de ses membres. Il se souviendra toujours de sa tortionnaire. Elle s'appelait Hadjar. Hadjar ben Aziz Al-Saoud. Sauf que Zero ne pouvait strictement rien y faire. Elle dormait avec un flingue, elle le pointait sur lui et sa sale tronche d'américain quand il cherchait à faire des coups foireux. Hadjar n'était pas tendre. C'est normal ; c'était une haut-gradée des Humanis. Et aussi une haut-gradée de l'armée. Il n'avait rien pu faire, si ce n'est attendre, mois après mois, que sa garde baisse pour qu'il s'échappe enfin. Sauf que toute l'histoire qu'il a vécu avec Hadjar était plus profonde qu'une simple relation maître et esclave. Mais pour tout comprendre, il faut remonter loin. Trop loin. Pour le moment, Zero a juste une envie, retourner dans son logement aux Champs Élysées. Après, peut-être qu'il pourra repenser à tout ça.



5 ans auparavant...

Hadjar et Zero se dévisagent l'un l'autre, se regardent intensément et ne cherchent pas à décrocher leurs regards. L'américain ose lâcher un sourire, elle, elle préfère le gifler pour cette insolence dont il vient de faire preuve. «Zero. Tu restes à ta place d'hybride. Tu ne souris pas et tu m'obéis.» Il sourit encore, et il ricane. Il prend la cigarette de la bouche d'Hadjar, tire dessus et la balance par dessus son épaule puisqu'elle n'est pas bonne. «Marlboro ? Je croyais que tu avais un goût pour de meilleures choses que ça. Tu me déçois sur le coup, Hadj'. Je t'ai déjà conseillé les cigares cubains, les petits cigares, les–» Elle recouvre la bouche de son hybride avec sa main, pour lui faire signe de se taire. «T'ai-je déjà dit que tu parlais trop ? Bien sûr, tu as tes points forts, comme ta beauté et ton magnifique accent américain, mais... bavarder ne te convient pas. Tu ferais mieux de te taire.» Lui, il met la main dans son long manteau pour en sortir sa boîte de cigares cubains. Chose qu'elle n'accepte pas, les faisant tomber à la première occasion qui passe. L'iranienne les ramasse un par un, avant de l'emmener dans sa chambre à lui, pour qu'il puisse y vaquer. «Allez, Hadjar...» Il murmure près de la porte, il sait qu'elle y est encore. «J'suis sûr que t'as envie que je te fasse découvrir mille et une choses. J'ai envie de tout de faire découvrir. L'amitié. La joie. La passion. L'amour ardent, l'amour clinquant. Les joies du sexe. Je t'offrirai les sept merveilles du monde pour combler tes désirs...» Bruits de pas. Elle n'écoutait plus rien. Tout n'était qu'une question de temps. «Jamais tu ne pourras le remplacer, Zero.» Il rit dans un souffle. «On verra bien ça, Hadjar

––––––––––––––––––

Bien sûr, plus les mois passaient, plus ils arrivaient à se voir en peinture et se supporter. Hadjar aimait bien montrer que Zero était sa chose, son hybride. Ce n'était pas rare de voir l'américain se balader avec une laisse autour du cou quand il était de sortie. Elle exhibait sa possession pour que tout le monde la voie ; tout le monde pourrait la regarder avec de grands yeux. C'était un hybride mythique, après tout, tout le monde ne peut pas en avoir. Au fond, c'était un peu comme un deal pour les deux ; il acceptait la laisse s'il pouvait fumer ses cigares en paix à la maison. Elle n'avait pas hésité longtemps, souriant de tout son possible avant de rire comme une démente. Comme ça, les deux partis étaient satisfait.

La maison, c'était le lieu à l'abri de tous les regards. Il pouvait faire ce qu'il voulait, sauf s'enfuir. Il lui devait tout de même obéissance, ne pas l'ignorer quand elle lui parlait, sans quoi les méthodes d'hommes des cavernes allaient revenir sans aucun ménagement. Alors il se tenait droit en sa présence, même s'il fallait bien avouer qu'il faisait quelques écarts de temps en temps, juste pour l'apprécier et la voir en colère. «Heh, Hadjar. T'es sûre que tu veux pas tester le cigare ?» Zero, il hausse les épaules et il voit la basanée s'approcher. Alors qu'il tend son cigare pour qu'elle puisse tirer dessus, il se fait surprendre. Les bouts de la moustache qui se détendent et qui descendent soudainement, ce sont leurs lèvres qui sont collées l'une à l'autre. Il se penche légèrement pour poser son cigare dans le cendrier, la prendre dans ses bras pour approfondir ce baiser.

Mais elle sait que ce qu'elle fait n'est pas accepté pour l'organisation dont elle fait partie. En tant qu'Humanis, Hadjar a tord de faire une telle action. Mais elle s'en fiche, elle profite du goût de ses lèvres légèrement gercées par le froid et la fumette. Elle réussit à ressentir le goût du cigare dans la bouche de son hybride. Elle finit par se reculer, et elle le regarde. Elle se sent coupable. Sauf qu'il reprend le flambeau, prenant son souffle juste avant. Et c'est là qu'ils se laissent aller tous les deux. Les mains sèches et les mains dures de Zero râpent la douce peau d'Hadjar, leurs langues viennent se titiller et danser, ils profitent, ils laissent l'instant présent durer. Elle, elle préfère poser ses mains sur les reins de son hybride. Lui, il préfère en avoir une sur son bassin, l'autre près d'un sein.

Ils ne semblent pas se montrer de limites. Mais quand Zero vient effleurer l'une de ses cuisses, elle marque un arrêt. «Non.» Et ce sera tout. Ils n'iront pas plus loin. Un dernier chaste baiser, un dernier regard, et elle se relève, prenant le cigare de l'homme avant de retourner à son travail. Elle en avait à faire, et elle n'avait pas le temps de faire quoi que ce soit. Lui, par contre, il était resté sur sa faim. Quand le loup est affamé, la proie ne résiste pas longtemps…



Le téléphone sonne. À peine rentré qu'on vient déjà le demander. Zero n'était pourtant pas l'homme le plus influent. C'était juste un joaillier honnête avec des à-côtés malhonnêtes. Quand il voit le numéro, il lâche un soupir avant d'attraper l'appareil. «Joaillerie Hernandez j'écoute… …Eh bien, Mark, vous savez que ce ne sont pas des manières ? Me déranger sur un jour de repos.» Le reste de la conversation qui suit est en allemand. Mark n'était pas français, pas britannique, pas américain. Il ne connaissait que pas ou peu de français. Mais Zero avait le don de remarquer les gens et leur talents, c'est pour ça qu'il n'avait pas hésité bien longtemps avant de l'embaucher. Mark était un joaillier talentueux aussi, qui l'aidait beaucoup dans son travail. Quand il s'agissait de polir les diamants ou encore les rubis et les saphirs, c'était lui qui savait le mieux s'y faire. Zero, lui, il préférait confectionner. Sa plus belle pièce, c'était une rivière de diamant, vendue à l'une des stars d'Hollywood en un temps record. «Gut, danke. Einen schönen Tag noch, Mark. Danke noch mal.» Et il raccroche. Un léger soupir, et il sort un cigare pour pouvoir se faire plaisir. Il se pose sur son large canapé de cuir, allume la radio à côté de lui pour écouter ce qu'il se dit aujourd'hui, allume son cigare. C'était un peu comme un robot, à cet instant présent. Il connaissait ses habitudes et n'en changera certainement jamais.

Il entend encore parler de ce fameux Il Diavolo, l'une des nombreuses légendes de cette ville. Personne ne sait réellement si ce tueur en série existe vraiment, si ce n'est que l'identité d'un psychopathe. Cela fait déjà quelques années que la police lui court après, en vain. Il ne laisse jamais rien derrière lui, si ce n'est le corps de sa victime. Zero espère juste une chose, ne jamais le croiser, pour ne pas y laisser sa propre vie. Il se souvient, Hadjar le coursait aussi. Elle avait mit longtemps avant de cracher le morceau du pourquoi elle détestait ce diable venu tout droit du fond des enfers, pourquoi elle voulait sa peau. La réponse était simple. Hadjar aurait dû être mariée. Sauf que le matin de son mariage, le fiancé de celle-ci a été retrouvé assassiné dans son costume de cérémonie. La pureté entourée de la colère. Le blanc tâché du rouge, l'espoir réduit à néant par le désespoir. Tout pouvait être bon à dire pour tout cela. C'est donc pour cette raison, que depuis ce moment-là, Hadjar n'avait pas cherché à combler ses propres envies, se contentant simplement de porter sa bague de fiançailles le jour de sa mort. Ce n'était pas glauque, c'était simplement la dure réalité de cette vie. Zero savait parfaitement ce que c'était.

Il est las. Il coupe cette radio et se lève rapidement pour mettre en route son platine tourne-disques, le vinyle restant éternellement dessus. Il n'aimait pas la technologie. Lui, il était ancré dans les années vintages, les belles années où la technologie venait d'apparaître dans la vie de tous les jours. Radios, grosses télés, premiers ordinateurs et téléphones lourds que l'on devait se trimballer dans la main toute la journée. Pour toute cette génération, ces appareils étaient le top du top, LA chose à avoir si l'on ne voulait pas passer pour un homme des cavernes retranché. Et il écoute la musique. C'est du jazz. Il chante à tue-tête cette chanson aux sonorités magiques, tire sur son cigare deux à trois fois par minutes. Il laisse durer le plaisir. Parce que le plaisir était une chose rare ces temps-ci, et il n'avait plus vraiment le temps d'en profiter.



Hadjar était plantée là, sur la chaise de son bureau. Elle épiait ses dossiers, ses documents à rendre d'urgence, d'autres plus importants, des rapports de mission. Elle avait du travail à faire, à effectuer et à exécuter. C'était l'un des capitaines de l'armée, après tout. Bien qu'elle n'était que rarement au camp d'entraînement ou bien alors au camp militaire où elle a été affectée, elle devait prendre soin de son escadron à elle. Elle devait le gérer, être regardante sur chacune des actions qu'ils faisaient. Elle soupire. Elle ferme le gros dossier, elle le décale un peu plus en haut de son bureau. Celui en dessous n'est autre que celui de Zero et de son passé de bandit, aux États-Unis. Il était loin d'être l'homme le plus innocent de cette terre. «Zero ?» Lui qui fumait tranquillement dans le seul fauteuil de ce salon luxueux, il daigne tourner la tête pour la regarder, bien qu'il n'en eût l'envie. «M'lady ?» Elle se lève, dossier en main. Elle tourne la page de couverture. «J'ai reçu ça, de la part d'un officier de la police américaine du Nevada. Bien sûr, c'est une copie. Zero n'est donc pas ton vrai nom ?» Il ricane dans un souffle. «Johan Hernandez à votre service, m'lady. Joaillier de profession.» Là, c'est elle qui ose lâcher un rire. La joaillerie n'était qu'une couverture pour ne pas laisser l'autre à découvert. «Et arnaqueur quand l'envie t'en passe. Une dizaine de plaintes à ton encontre durant tes années de vie en Amérique. Tu sais que ça fait beaucoup ? Vol à la tire, baragouinage pour se sortir de situations critiques, fraude fiscale... et tu as même réussi à berner une banque pour la vider un peu. Du travail propre, mais pas assez, apparemment.» Les bouts de la moustache de Zero montent à cause de son sourire. Il vient chercher son cigare dans sa bouche pour laisser son rire gras résonner dans toute la maison. Il se fend la pêche, il se moque d'elle. Ce n'était qu'une simple partie de ce qu'il avait réellement fait. «Je ne fais plus toutes ces bassesses depuis des années, Hadjar. Je me contente simplement de faire mon propre métier, mais aussi de plumer certaines personnes au poker quand l'envie m'en prend. Est-ce honnête ? Tu trouveras un moyen de me dire non, je suis prêt à le parier.»

Prise la main dans le sac. Elle hausse les épaules, elle le regarde et elle lui jette son dossier à la figure. Il pouvait en faire ce qu'il voulait. La vexer était une chose simple à faire. La casser en deux et casser ses plans l'était aussi. Zero le savait. Il remet son cigare dans sa bouche, tire dessus, et laisse quelques bribes d'un rire encore présent s'échapper de temps à autres. Plus personne ne l'appelait Johan. Il n'y avait que sa joaillerie qui portait encore son nom de famille, mais c'est tout. Tout le monde le surnommait Zero. Zero, comme leur compte en banque après s'être fait plumer au poker par cet être exécrable. Non, il n'était pas tout rose. Mais ça, ça se savait.



«Madame Von Reventlow ! Vous venez chercher votre parure ? Vous arrivez à pic, je l'ai finie hier soir ! Un travail sacrément minutieux...» Il regardait la jeune femme aux formes généreuses et aux habits travaillés, venant certainement de mains de grands couturiers. Il lui adresse un sourire, et il part dans son arrière boutique, là où se trouvait son atelier, pour aller chercher cette fameuse parure. Mark avait dû polir une bonne vingtaine de petits diamants pour qu'ils aient la forme parfaite, et la forme que Zero voulait. Après, c'était son travail. Tout était fait à la main, sauf les pierres précieuses qu'il achetait auprès des revendeurs officiels. Il trouve la boîte contenant cette magnifique pièce, l'ouvre et la vérifie une dernière fois avant de revenir à l'intérieur de sa boutique. «Pour madame. Vingt-quatre diamants de deux carats chacun. Monture en palladium, légère et propre, comme d'habitude. Tout a été réalisé à la main, de la forme du bijou jusqu'au moindre détail comme les attaches pour les diamants. Cela vous convient ?» La cliente observe, elle épie et elle effleure. Cela semblait lui convenir à merveille. «C'est encore un magnifique travail, monsieur Hernandez. Je suis honorée de pouvoir porter vos pièces lors de mes soirées mondaines.» Ainsi donc était le travail honnête de Zero, la joaillerie. Ce n'était pas le simple joaillier de tous les jours, celui à qui l'on peut acheter une paire de boucles d'oreilles à quinze pauvres euros. Pour lui acheter la moindre pièce, il fallait compter avec cinq chiffres, au minimum. De la grosse bagouze avec un diamant de huit ou neuf carat, à la parure ou la rivière de pierres précieuses où il fallait débourser une somme hallucinante pour espérer repartir avec l'objet convoité. Il ne connaissait pas ou peu d'hybrides dans cette ville qui exerçait un métier aussi noble, et peu d'hybrides aussi riche que lui. Il y avait bien ce fameux Cumberbatch, un acteur hybridé tigre du Bengale. Les acteurs sont mieux payés que quiconque, après tout.

Et alors qu'ils s'occupaient de payer, Zero ressent une gêne au niveau de l'appendice caudal dont il a hérité avec son hybridation. S'il réussit à se limer les dents pour éviter qu'elles ne soient trop remarquées, cette queue, touffue qui plus est, n'est en rien un cadeau de la nature. C'est juste une gêne constante dans son travail. Elle est le plus souvent cachée grâce à son long manteau rouge qu'il met n'importe où. Le seul endroit où il se permet de la laisser à l'air libre, c'est chez lui ou dans la ville souterraine. Il reprend ses esprits. Il sourit à sa cliente qui s'en va avec sa parure, signée d'un petit «JH» au dos. Signature de joaillier impose. Il la raccompagne jusqu'à la porte, se permet de rire avec elle pour la distraire. Il retourne la pancarte qui affichait OUVERT pour laisser un FERMÉ prendre la place. Bien sûr, ce n'est que temporaire, et il rajoute une petite feuille avec marqué «Réouverture dans une vingtaine de minutes !» pour que personne ne s'inquiète, pas même les passants. Il laisse la garde de ses vitrines aux vigiles, de toute manière.

Si c'était la seule chose dont il avait hérité, il serait bien content. Mais en plus d'une queue absolument envahissante, sa pilosité poussait plus vite que tous les autres, ses poils étaient plus drus, ses dents étaient habituellement semblables à des crocs. L'odorat d'un loup, l'envie de viande d'un carnivore. C'était dur à encaisser, mais Zero s'y faisait. C'était devenu son quotidien. Il ne disait plus rien, puisque c'était devenu un sous-homme aux yeux des humains les plus regardants. Un esclave. Mais jamais il ne s'abaissera à ce genre de choses. Il est beaucoup trop propre sur lui-même pour ça.



Il y a bien des années, ville d'Henderson, Nevada, United States of America.

«M'man, Johan il m'a encore piqué mon costume de cowboy ! Il galopait dans son jardin, avec son pistolet à billes plastique dans la main. Il imitait le son des tirs à chaque fois qu'il appuyait sur la détente de cette fausse arme. Johan, c'était un sacré gamin, toujours à courir à droite et à gauche quand l'envie lui en prenait. La mère regardait ses jumeaux courir l'un après l'autre. Finalement, cette plainte du cadet s'était changée en cri imitatif d'indien. «Je suis le chef de la tribu Païutes ! Rends-toi, cowboy, et nous ne te feront aucun mal !» Ils rigolent, ils se roulent par terre pour imiter les combats sans se faire du mal. La lessive allait être au rendez-vous pour la mère Hernandez, mais elle ne s'en plaignait pas. «Jamais, vil sacripant ! Je suis le sherif de la ville d'à-côté, je ne laisserai jamais mon honneur au placard pour ton propre plaisir !» Et ils rigolent. Finalement, ils s'arrête et s'étalent dos au sol, soleil sur la figure. «Eh, m'man, il revient quand papa ? Ça fait deux mois qu'il est parti...» Elle hausse les épaules. Leur père était parti à Las Vegas depuis deux mois, espérant faire fortune à la Sin City. Ils vivaient dans une presque-pauvreté depuis quelques temps. Tout ce qu'il avait eu comme idée, c'était réunir les dernières économies et revenir avec un minimum d'argent à la maison. Il avait promit à sa femme de revenir les poches pleines, et de ne pas revenir les mains vides. Sans une rose, sans une voiture de luxe, sans les clés d'une nouvelle maison. Peut-être allait-il réussir, peut-être allait-il mourir de surmenage pour rendre sa famille heureuse.

Dehors, elle entend le facteur arriver. Elle se lève de la chaise de jardin, n'ayant pas répondu à la question de son cadet, et elle va chercher les nouvelles fraîches du jour. «Bonjour, monsieur Johnson. Comment va votre petite famille ?» Le facteur hausse les épaules, l'air content. «Elle va plutôt bien. Je suppose que la vôtre va bien, surtout avec les dernières nouvelles !» Un dernier sourire, une tape sur l'épaule, et il repart sur son vélo pour continuer la livraison du courrier. Les dernières nouvelles ?

Elle se pose, elle respire, épiant d'abord son courrier qui n'était autre que les factures habituelles et coûteuses de chaque mois. En revanche, sur le journal du jour, elle comprenait les dires de ce facteur qui avait l'air heureux pour elle. «LE ROI DU POKER : SHAWN HERNANDEZ !» C'est ainsi qu'elle tiqua. Le prénom. Le nom de famille. Son mari avait fait fortune. Qui aurait cru que passer quelques temps à Las Vegas les rendrait riche ? Ils n'ont jamais osé y aller. Manque de temps, manque d'argent. Les enfants à s'occuper, le travail à gérer, les dépenses à limiter. Ils n'ont jamais choisi de vivre comme ça, la chance ne leur a jamais souri. Le vent a tourné, à présent. La famille Hernandez pouvait maintenant vivre dans des conditions agréables, comme une certaine partie des américains.

Shawn est rentré le soir même. Le moteur de la nouvelle voiture qui ronronnait, un homme qui semblait riche et radin au volant, les lunettes de soleil sur le bout du nez. «Papa est rentré, les enfants !» Il portait un costume certainement hors de prix. Il avait une montre de luxe au poignet, une moustache, un bouc, un cigare au coin de la bouche. Monsieur Hernandez n'était plus le pauvre fermier qui travaillait toute la journée aux champs. C'était à présent un homme riche. Un homme qui avait toute la vie devant lui, avec sa femme et ses deux enfants. Ce soir-là, Shawn et sa femme avaient fêté ça en grande pompe. C'est ainsi que Johan et son jumeau Stan eurent une petite sœur.



Hadjar, elle se surprend de plus en plus à regarder son hybride. Elle le regarde lui, son visage, cette moustache dont il prend soin, cette queue touffue, ce sourire qui ne tombe jamais. Son allure générale, la façon dont il parle. Pourquoi les scientifiques ont fait d'un homme aussi beau un hybride condamné à une vie d'esclave ? Il aurait pu aller loin dans la vie. Être un homme respectable, une tête politique connue en France, un joaillier reconnu dans le monde. Il n'en est rien. C'est juste un joaillier spécialisé dans le luxe à Paris, un bandit, quelqu'un d'exécrable et de presque insupportable quand il s'y met. En y pensant plus, elle est tout de même contente de l'avoir à ses côtés. Au moins, elle peut exhiber sa possession. Elle en est fière. Sauf qu'en ce moment, c'était compliqué de le faire, son travail de haut-gradé chez les Humanis lui donnait du pain sur la planche aussi. Elle restait retranchée dans son bureau, s'installant parfois dans le salon pour surveiller Zero. Aujourd'hui, c'était plutôt dans ce fameux salon. La lune était déjà haute dans le ciel, et ce soir, elle était pleine. Zero semblait se réveiller d'une longue sieste mêlant flemmardise et repos.

Elle reste les yeux fixés sur son corps, au lieu de se souvenir de son hybridation. Et alors qu'il passe devant l'une des fenêtres du salon, il se coupe net. Plus un seul mouvement de respiration, juste quelque chose de lent, très lent pour orienter sa tête vers l'extérieur. Et une respiration brutale. Il s'accroche aux murs, puis il s'accroche à un meuble. Il doit subir sa transformation de lycanthrope. «Es-tu stupide, triple buse ?! Je n'aurais même pas dû la regarder ! Qu'est-ce que tu faisais au juste, tu gobais les mouches ?!» Cela faisait peut-être quelques années qu'il était devenu un hybride mythique, jamais il ne se ferait à sa transformation en furry les soirs de pleine lune. La plupart du temps, il restait cloîtré dans un lit, fenêtres et volets fermés, à essayer de s'endormir. Mais la tentation était beaucoup trop forte à chaque fois. Il grognait dans ses draps, il mordait son oreiller, il griffait son linge de lit. Le lendemain, il n'allait généralement jamais au travail. Il en profitait pour se reposer et pour maudire ces foutus scientifiques. Il n'aurait jamais dû être comme ça. C'était une erreur, une erreur de nom, une erreur de la société, de place, de timing. Ce n'aurait jamais dû être lui. Et pourtant, il fait avec.

Hadjar, elle ne sait pas quoi faire. Elle est pourtant levée de son bureau, en train de le regarder, ébahie, sans bouger le moindre petit doigt. Ses idéaux et l'étiquetage de maîtresse méchante qu'on lui donne aurait parié sur un énorme fou-rire et une tasse de thé portée à la bouche, mais il n'en est rien. Zero, lui, il souffre. Sa chemise s'est presque déchirée, et il martèle son bras gauche, au niveau de son habituelle prothèse. Comme s'il voulait l'enlever de force, la décrocher. La jeter au loin. Et elle s'avance, elle le prend dans ses bras, même s'il la mord au niveau de la jugulaire pour faire passer sa douleur interne et externe. «Tout ira bien, Johan. Tout ira bien. Calme-toi. Respire.» Elle ne le lâche pas, mais elle se décale rien qu'un peu pour tirer le rideau de la fenêtre, afin qu'il n'ait plus aucun contact avec la lune. Elle sent son propre sang couler le long de sa poitrine, mais c'est pour le bien de son hybride à elle. Elle aurait pu se défouler dessus, le rouer de coups et se moquer de lui jusqu'à ce qu'il en soit humilié, mais il n'en est rien. Hadjar est beaucoup trop sentimentale. Et peut-être qu'elle a déjà développé des sentiments pour celui qui anime sa vie tous les jours.

Il relâche ses dents, et se contente simplement de pleurer pour faire passer ses émotions. Il se calme, il se blottit contre elle. Zero semble avoir reprit le contrôle de son corps. Un souffle qui reste néanmoins irrégulier, des halètements mêlé à des tremblements. Il se laisse aller, et Hadjar est suffisamment forte pour le soulever et l'allonger sur son lit à elle. «Repose-toi là, d'accord ? Je reste à ton chevet toute la nuit. J'ai du travail donc je vais pouvoir veiller sur toi.» Elle lui sourit, et elle le lâche. Alors qu'elle s'apprêtait à passer le pas de la porte, il l'interpelle, la faisant alors s'arrêter. «Hadjar... reste avec moi... juste cette nuit. Juste une seule. S'il te plaît.» Il ne semblait pas être blagueur ou ironique comme il l'est tout le temps. Alors elle allège légèrement sa tenue et vient se couler sous les draps avec Zero. Il vient rapidement se coller à elle, comme pour chercher une source de réconfort qu'il n'avait pas auparavant. «Et une autre nuit ? Maintenant, je serai là pour toi. Tu n'as plus à avoir peur de quoi que ce soit au niveau de ton hybridation.»

Au bout de quelques minutes, il s'endort, l'air paisible. Hadjar se dit qu'elle devrait peut-être en faire autant. Mais elle n'a pas le temps pour le faire. Sauf qu'elle a tout sauf envie de l'effectuer, son travail. Il n'a jamais été faible comme ça. Il n'a jamais montré aucune faiblesse. Cette homme ne semble en avoir aucune, elle ne connaît rien de lui, il ne connaît presque rien d'elle. Ce sont juste deux étrangers qui se sont retrouvés à vivre sous un seul et même toit. Le bien comme le mal, ils pourraient le surmonter tous les deux même s'ils ne s'appréciaient pas. Hadjar l'aime. Hadjar a déjà succombé aux charmes de Johan. Il le fallait bien, après tout. C'était inévitable.

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Zero s'amuse à la regarde, caresser ses doux cheveux d'ébène, noirs comme la nuit et aussi beaux que n'importe quelle touffe de cheveux qu'il ait vu jusque là. Hadjar semble dormir paisiblement, dans un sommeil réparateur. Finalement, elle est restée, elle n'a pas cherché à bouger. Lui, il ne s'est pas reposé comme ça depuis des années. Il semble être comme sur un nuage, là, à la regarder. «Ahbuk.» C'était la voix endormie de sa maîtresse. Elle vient tout juste de se réveiller. «What does it mean, sugar ?» Il parle anglais par réflexe, mais il sait très bien qu'elle ne comprend qu'en partie ce qu'il dit. «It actually means I love you in arabic.» Elle se permet de l'étonner en lui répondant dans sa langue natale. Elle s'avance et ne lui permet pas de réagir, venant coller ses lèvres aux siennes. Au fond, sa décision était déjà prise. Elle n'allait en rien rejeter ses propres sentiments. La vie n'en est que plus atroce quand c'est le cas. L'homme paraît surpris, la femme joue de cela, prenant le dessus et se mettant à cheval sur ce corps d'Apollon.

olé:
 



Shawn avait été retrouvé assassiné un beau matin, il y quelques années de ça. On pensait qu'il était encore bourré de fric, plein aux as, montre de luxe au poignet. À force de noyer sa fortune et de la brûler dans l'alcool et l'héroïne, il a fini par être assassiné. Personne n'a jamais réellement su si c'était une overdose, un suicide ou quelque chose d'autre. La plupart des enquêteurs avaient fini par se mettre d'accord sur un meurtre. Sauf qu'ils avaient tout sauf envie de courir après un meurtrier qui n'était peut-être qu'un fantôme, fruit de l'imagination de la famille Hernandez, bouleversée par un événement d'une ampleur pareille. La police américaine était bien connue pour ses excès et sa flemmardise hors du commun, ce n'était donc pas rare de la voir mettre de côté une affaire qui ressemblait à dix mille autres. Ils n'avaient pas le temps pour toutes les régler une par une. Johan et son jumeau Stan vivaient alors dans une ambiance de mal-être, agrémentée des pleurs de leur mère et de l'incompréhension d'Abigail, la petite dernière de la famille. La seule différence était que l'une avait quarante-deux ans et était plus apte à comprendre, l'autre n'avait que cinq ans et demi et avait encore beaucoup de choses à apprendre.

Du haut de leur seize ans, les deux jumeaux Hernandez n'avaient plus énormément de choix pour combler les besoins de la famille. Johan ne pensait qu'au banditisme, au vol, au crime organisé. C'était l'un des seuls moyens qui pouvaient rapporter un tant soit peu d'argent pour ne pas avoir à s'user tous les soirs, après le lycée, jusqu'à ce que la mort par épuisement s'en suive. Stan préférait l'honnêteté, la bonté et le don de soi. Contrairement à son frère, il avait trouvé un travail honnête, un travail humble qui lui laissait tout de même du temps pour soi, même s'il ne ramenait pas assez tous les mois en comparaison avec lui. Les deux semblaient être séparés, comme déchirés par deux mondes totalement différents. L'aîné ne prenait généralement aucun risque. Mais à chaque fois qu'il accomplissait, on ne pouvait en rien le blâmer sur ce qu'il ramenait.

Stan était tombé amoureux de son collègue de travail, un jeune diplômé encore endetté jusqu'aux dents par ses études. Lui qui ne trouvait pas de travail, il avait dû accepter un poste miteux pour combler ses fins de mois difficile. Il ne tenait pas à vivre dans la rue, dans un carton pourri et entre deux poubelles qui sentaient le rat mort et la décomposition à bout portant. Il savait pourtant que l'homosexualité était l'une des choses les plus dangereuses qui soit aux États-Unis. Souvent, ils se faisaient lyncher dans la rue. Souvent, les homosexuels se faisaient assassiner. Parfois, ils pouvaient finir au bout d'une corde. Dans les pays encore reclus dans leurs traditions comme le Nevada ou encore le Texas, ce genre de pratique était monnaie courante. Ce genre d'actes barbares, de critiques dans la rue et tout ce qui s'en suivait ne faisait que du mal au moral de Stan et de son collègue. Pourtant, ils ont fini par faire une chose interdite ; se mettre en couple, et braver toutes les épreuves ensemble. L'âge ne comptait pas pour eux, il n'y avait que l'amour.

Mais si l'amour les portait aussi loin, les deux allaient forcément tomber en même temps. C'était le soir de trop. À la sortie d'un bar homosexuel, le petit-ami de Stan fut frappé à mort par un groupe de garçons pas ou peu éduqués, enfermés dans leurs principes et dans les dires de papa-maman comme quoi il fallait condamner les homosexuels et les frapper jusqu'à ce que mort s'en suive, sans l'avoir sur la conscience. C'était normal, ils étaient sous-hommes. Les sous-hommes n'ont pas le droit de vie ou de mort sur les êtres supérieurs à eux.

Stan n'avait pas supporté ça. Dans l'amour comme dans la mort, deux âmes continuent à vivre et à survivre ensemble. Il était tellement amoureux de lui qu'il s'était suicidé. Il avait mit fin à ses jours en sautant d'un pont, et en se noyant dans la rivière. Voilà un nouveau coup dur pour la famille Hernandez. Johan ne croyait maintenant plus en rien. Il devait redoubler d'effort pour rendre sa mère fière de lui, et fière de Stan même s'il était maintenant dans l'autre monde. Il espérait la joie pour son frère cadet, pour ce bien-aimé frère à qui il n'avait même pas pu dire au revoir. Même pas pu dire qu'il l'aimait et qu'il était désolé de l'avoir laissé tout seul dans ce moment difficile. Les chagrins d'amour ne se guérissent pas, et son frère en a fait les frais. La vie n'avait rien de très gentille. L'aîné de la famille a finalement décidé d'arrêter certaines de ses activités illégales pour trouver un véritable travail. Arrêter les études pour subvenir aux besoins de sa petite sœur et de sa mère, à nouveau dévastée. Après avoir perdu son bien-aimé mari, elle perdait l'un de ses deux fils. Là voilà qu'elle maudissait la mort d'emporter les êtres chers les uns après les autres.

Johan avait trouvé une offre d'emploi dans une joaillerie. Lui qui n'avait aucune qualification, il a dû demander à genou à ce patron en recherche d'un employé de lui apprendre le métier. Le supplier qu'il n'avait plus rien, plus un sou en poche, pas même un seul diplôme, mais qu'il lui restait l'espoir et la rage de vaincre. Et c'est tout ce qu'il fallait pour ce patron au grand cœur, comme il le définissait. Il lui a donc tout appris, tout enseigné. Il a fallu des jours, des mois et des années pour perfectionner sa maîtrise et avoir ses propres techniques, mais c'était quelque chose qui lui plaisait et qui le passionnait. Johan n'avait pas besoin de plus que ça. Parce que Johan était un homme humble qui aimait et vivait la vie au jour le jour.



«Got you stuck on my body, on my body like a tattoo...» Zero chantait à voix basse, essayant de rendre l'entretien de la maison moins ennuyant que prévu. Cela faisait bien quatre mois qu'il était devenu intime avec Hadjar, et ils ne pouvaient presque plus se quitter d'une semelle. Pour donner du courage à l'un, à l'autre, se dire des mots doux ou bien alors pour sentir le temps passer sur eux, immortaliser ces instants. Sauf que l'homme n'en peut plus de sa condition d'esclave. Bien qu'il essaye de faire passer la pilule avec cet amour ardent et ininterrompu avec celle qui est probablement la femme de sa vie, il n'y arrive plus et il ne plus peut s'y tenir. Il n'a plus qu'une ancre où s'échouer. Il doit s'enfuir. Fuir cette maison, fuir Hadjar, fuir ses propres responsabilités. Elle ne cherchera pas à le courser. Il le sait aussi bien que quiconque. Revenir à une vie de sauvage le libérera d'un poids, il pourra reprendre son métier de plus belle. Mais Zero possède un mauvais souvenir de sa première véritable fuite. C'était il y a bien dix ans. Le jour où il est devenu monstre.



Johan, il cherche à fuir. Il court dans les rues, évitant chaque passant. Il se tient le bras gauche, parsemé de sang et de boue, il résiste à cette douleur cinglante qui lui donne comme un goût de fin du monde. La pluie obscurcit son champ de vision, et bientôt, il glisse pour s'écraser au sol dans un gémissement de douleur. Il arrache les restes de sa chemise pour ne pas qu'elle se colle à la plaie et qu'elle lui fasse mal quand il cherchera à l'enlever. Mais c'est beaucoup trop douloureux. Il halète, il cherche de l'aide, mais personne ne vient. Les ruelles pauvres ne sont jamais fréquentées. «Someone... please... help me !» Le malheureux ne connaissait pas encore beaucoup de français, alors il devait faire ça avec l'anglais. Toujours rien. Il pose sa tête contre le mur et espère juste que la mort ne tardera pas à l'emporter, quand il se sera vidé de son sang. Et il s'évanouit de douleur.

Peut-être il y a-t-il encore des âmes charitables dans ce monde. La première qui l'a trouvé et qui l'a aidé, c'était un scientifique spécialisé dans l'hybridation. Peut-être était-ce un nouveau sujet, qui allait mourir s'il ne résistait pas aux tests. Dans les deux cas, c'était quelque chose à faire. Il a été ramené au laboratoire d'hybridation parisien dans un état plus que critique, le sang ayant été perdu en quantité. Ils l'ont légèrement soigné avant de procéder à toute la flopée d'examens. À leur grande surprise, ce jeune garçon y avait survécu, et ils ont pu lui injecter des cellules hybridées. Ils pensaient qu'il était capable de survivre à quelque chose de grand, alors ils lui ont injecté des cellules dites comme mythiques, de créatures issues des plus grandes envies fantastiques. Ils avaient déjà testé les anges, les dragons. Maintenant, il fallait tester le lycanthrope, cet humain-loup qui se changeait à chaque nuit de pleine lune. Ils pensaient qu'il était capable de survivre et de devenir l'un de ces hybrides qui se vendent aux plus hauts prix dans la société. Et ils n'ont pas eu tord.

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Ils ont dû lui amputer une partie du bras gauche, faute aux nerfs qui avaient été sectionnés et étaient endommagés. Ça aurait pu lui causer des douleurs chroniques, absolument invivables qui le feraient souffrir chaque jour de sa vie. La technologie ayant eu le temps d'évoluer quelques peu, il hérita d'une prothèse, pour qu'il puisse faire ce qu'il souhaitait avec son bras gauche, comme s'il s'agissait de l'ancien. Maintenant, il n'avait plus qu'à faire une batterie de tests et il repartirait comme il était venu, mais en surhomme, quelque chose de parfait, qui dépassait l'attente de ces scientifiques. Sauf que ça n'aurait jamais dû être lui. Ils l'ont condamné à l'enfer. Un homme qui n'a jamais rien demandé était maintenant fait pour devenir un esclave. Johan était d'abord perdu, devant vivre à nouveau, avec de nouvelles habitudes. Si au départ il ne se plaignait pas de tout ce renouveau, c'est quand il a enfin pu sortir dans la rue qu'il a drastiquement changé d'avis. Les hybrides vivaient un véritable enfer.

Ils ne voulait pas se rabaisser au rang d'esclave, de sous-homme, de personne uniquement capable de nettoyer une maison, d'entretenir des relations charnelles avec ces humains corrompus et obnubilés par leur propre désir. Les scientifiques lui avaient un peu débriefé sur ce qu'il était maintenant et sur ce que ça imposait. La seule chose qui a vraiment retenu son attention était les attributs d'animaux visibles. Il a donc tout fait pour les cacher. Il s'est limé les dents, s'est rasé au poil près à l'exception d'une moustache et d'un bouc. Pour cacher cette grande queue touffue, il a arboré un long manteau rouge dans le même style de ceux qu'on trouve aux États-Unis. Il avait voyagé des USA jusqu'à la France pour mieux exercer son métier, qui possède une meilleure réputation dans ce pays. Comme il n'était pas venu les mains vides, il a pu s'acheter une boutique, un atelier où travailler. Son ancien patron lui avait offert une bonne centaine de pierres précieuses de toute tailles pour qu'il puisse bien commencer son business sans être noyé dans les dettes. Et tout ça a payé.



«Hadjar.» Nichée dans ses bras, elle décale juste un peu sa tête pour pouvoir croiser le regard de son homme. «Je n'y arrive plus. Je ne supporte plus cette vie d'esclave qui me restreint dans chaque chose que je fais.» Zero se sent mal. Une boule dans la gorge, il la regarde repartir dans ses bras, muette. Il se demande s'il aurait réellement dû dire ça. Il pense à tous ces bons moments, ce soir où elle l'a aidé, où elle l'a réconforté alors que c'était un moment difficile. Les soirs de pleine lune, s'il devenait furry, il perdait une bonne partie de sa raison, et n'avait que le cœur à sortir, hurler à la mort. Un loup sauvage, mais un loup humanoïde qui avait une raison enfouie et entourées d'idées et de désirs noirs. Combien de fois aurait-il pu la tuer alors qu'il la détestait ? Une bonne dizaine de fois. Mais ce temps est révolu. C'était la personne qu'il attendait pour construire sa vie, mais il va devoir la fuir, pour son propre bien. Il ne sera jamais rien d'autre qu'un esclave.

«Alors va-t-en.» C'était froid, c'était sec, tout ce qu'il fallait pour blesser Zero. Hadjar n'avait pas l'envie de lui dire quoi que ce soit d'autre, de l'en dissuader, parce qu'elle savait déjà que ce serait vain et qu'il resterait sur sa décision. Il la serre de sa main droite, celle qui entoure son corps musclé par l'entraînement militaire. «Je suis désolé, je ne voulais vraiment pas mais… Je n'arrive tout simplement plus à endurer ça, et depuis quelques temps je me considère même comme un animal. Je préfère vivre librement. J'ai essayé de m'y faire, de regarder ailleurs que par la fenêtre où des milliers de choses peuvent être construites et faites. Ça fait trop longtemps que Mark dirige la joaillerie sans moi, ça fait trop longtemps que je n'ai pas vu tous mes clients réguliers qui venaient pour acheter ou juste pour le plaisir des yeux. Je ne voulais vraiment pas, tu sais. Mais si c'est la dernière chose qui me permet de me sentir encore humain… je préfère en profiter.» Sauf que Zero sait qu'il va regretter ses paroles et cette décision, cette dure et atroce décision. Peut-être a-t-il fait la mauvaise, mais pour le moment, il s'en fiche, et il ne cherche pas à savoir. Il cherche juste à profiter des dernières heures aux côtés d'Hadjar, celles qui marqueront peut-être une nouvelle page de sa vie.

––––––––––––––––––

Après une dernière nuit d'amour, une dernière nuit profonde de sentiments et de mots doux, Zero, il doit partir. Il n'a pas envie de la lâcher, cette femme, nichée dans ses bras, dormant profondément et dans un sommeil réparateur. Il respire lentement, il réfléchit longuement. Le temps semble durer une éternité, et il ne dort pas pour mieux apprécier la chaleur de la peau de sa basanée. Vient le moment où il est temps d'y aller. Un dernier baiser sur le front, et il se détache d'elle pour se relever, se doucher et s'habiller. De toute manière, elle n'entendra rien. Il récupère ses affaires, s'amusant à balancer sa queue de loup de droite à gauche pour s'occuper. Il pourrait en profiter pour se raser et se couper légèrement les cheveux, cela fait si longtemps qu'il n'a pas prit soin de lui. Quand il doit passer la porte, un sentiment d'amertume monte dans sa gorge, et il ne peut pas s'empêcher de se retourner pour la regarder. Une dernière fois avant de la quitter, pour toujours.

Il en a prit du temps, sous l'eau. Maintenant, il se regarde dans le miroir. Il prend le rasoir posé sur le meuble à côté de l'évier de la salle de bain, et il profite du fait que sa peau soit encore humide pour se raser au poil près. Il ne laissait que ses éternelles rouflaquettes, sa moustache et son bouc. Pour ses cheveux, au lieu de les couper, il se contente simplement de les plaquer en arrière. Il s'habille, prenant toujours son temps pour se faire soigné. Sa chemise dans le pantalon, ses chaussures légèrement cirées avant d'être enfilées, son manteau bien positionné pour cacher suffisamment sa queue de loup à la taille anormale. Il enfile ses gants, cachant ses griffes qui ont de nouveau légèrement poussé, et il quitte cet endroit pour arriver devant la porte d'entrée. «Tu le sais, pas vrai ? Je vais venir te retrouver un jour.» Zero, il hausse les épaules. Il s'y attendait. «Bien sûr. Mais tu ne pourras pas le faire tant que tu élèveras notre enfant à tous les deux.» Hadjar reste choquée des propos de l'homme. Soudainement, elle pose sa main sur son ventre, le regardant dans les yeux. Puis elle se détend, soupire. «Va. Je ne te hais point.» Léger rire de la part du lycanthrope, ayant bien sûr remarqué ses références à elles. «Hey, honey. One day I will find you again too. You just have to pray for this day. For the moment, I just want to feel human again. I will always love you. Until the end.» Elle fait un pas vers lui, mais elle se stoppe. «Ahbuk, hatta alnnihaya.»

Et il est parti, sans même lui dire adieu.
SURNOM : Mistogan
ÂGE : 21 ans (bientôt 22)
COMMENT AS-TU TROUVÉ LE FORUM ? : high noon
PRÉSENCE : dab/7
TON AVATAR, C'EST : Jesse McCree • Overwatch (principalement avec son skin Riverboat)


Dernière édition par Johan "Zero" Hernandez le Jeu 2 Fév 2017 - 22:45, édité 2 fois
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who did that to you ? ; zero
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